La force de l’économie sociale en affaires publiques
27 novembre 2025
Rédigé par :

Luka Aubin-Jobin
Directeur des affaires publiques
Dans le vaste univers des relations gouvernementales et des procédures parlementaires bien encadrées, il est instinctif de croire qu’il existe une formule précise, une mécanique bien huilée qui garantirait des résultats à chaque intervention auprès du gouvernement. Pourtant, tous ceux et celles qui font des représentations d’intérêt le réalisent rapidement : les affaires publiques sont une science qui est loin d’être exacte. Elles exigent à la fois une fine compréhension des dynamiques et politiques internes, une capacité d’adaptation constante et, surtout, un souci pour la réceptivité et la sensibilité des interlocuteurs.
Car au cœur de cette pratique, nous travaillons avant tout avec des personnes : des élus aux calendriers surchargés, des fonctionnaires – tout autant surchargés – soucieux de cohérence administrative et, bien sûr, des partenaires sectoriels qui cherchent eux aussi à faire avancer des projets porteurs de sens pour leurs membres.
Les entreprises d’économie sociale se démarquent dans cet environnement incertain et rempli de nuances. Par leur approche qui place l’intérêt commun, la pérennité et l’ancrage local au centre de leurs actions, les entreprises d’économie sociale ont un ADN qui favorise des relations constructives et la proposition d’innovation sociale ancrée dans les besoins des communautés. Cette distinction doit néanmoins être communiquée et utilisée comme un avantage lorsque les entreprises d’économie sociale font des affaires publiques.
L’équilibre délicat entre médias et relations gouvernementales
Dans un contexte où l’attention médiatique représente un levier majeur pour faire reconnaître un enjeu, le lien entre la visibilité d’une problématique dans l’espace public et la priorisation du dossier au sein du politique est indéniable. Bien utilisé, le positionnement dans l’espace public permet de soutenir une démarche, de sensibiliser la population et de renforcer un argumentaire. Plus encore, une sortie positive peut resserrer les liens avec le gouvernement, informer des partenaires et passer des messages à des concurrents. Pour en apprendre davantage sur les communiqués de presse, nous vous invitons à lire la chronique sur le sujet.
Mais ce levier comporte aussi des risques. Car qui n’a pas déjà entendu l’adage disant « une nouvelle, c’est un conflit » ? Quel est l’enjeu ? Qui est responsable ? Qui n’a pas fait ce qu’il devait faire ? Une sortie publique mal calibrée ou un message perçu comme accusatoire peut fragiliser des relations établies avec des partenaires essentiels. Dans le milieu de l’économie sociale, où la collaboration et la confiance constituent des piliers de notre développement, cet équilibre est particulièrement crucial. L’objectif ne devrait jamais être de « faire perdre la face » à qui que ce soit, mais plutôt de créer les conditions favorables à des avancées durables.
Il convient de mentionner que les cabinets ministériels sont très sensibles à l’environnement médiatique, ce qui, lorsque bien utilisé, peut représenter des opportunités. En effet, votre organisation possède probablement une expertise pouvant contribuer à la discussion dans l’espace public, pourquoi ne pas la partager avec les interlocuteurs du gouvernement ? Qui sait, après quelque temps, ce seront peut-être eux qui vous contacteront pour avoir votre opinion.
L’art de faire avancer des dossiers… sans brûler de ponts
Il arrive que des discussions deviennent plus tendues. Les enjeux sont importants, les délais serrés, les besoins pressants. Toutefois, il faut se rappeler qu’une victoire obtenue dans la confrontation peut laisser des traces indélébiles auprès de vos relations avec le politique, mais également l’administration publique. Certains diront à juste titre que le politique, lui, passe : les élections surviennent, un remaniement ministériel surprend, les cabinets changent, les priorités se renouvellent. Mais l’administration publique, elle, c’est-à-dire les équipes des ministères, tout comme les groupes d’intérêt, ont plutôt une tendance à demeurer. Une relation détériorée peut freiner des dossiers futurs, ralentir des collaborations essentielles ou même limiter l’accès à certaines instances décisionnelles.
Cet équilibre entre pression et collaboration doit reposer sur un élément central : nous travaillons avec des humains – ou du moins, épargnons-nous des conversations entourant l’intelligence artificielle en affaires publiques pour le moment. Des humains qui ont, tout comme vous, un travail à réaliser, mais aussi des émotions qui peuvent guider leurs décisions. Pas besoin de vous dire qu’il est plus difficile de faire avancer un dossier lorsque nous atteignons la fierté, l’orgueil ou même l’impuissance de nos interlocuteurs. Misons plutôt, dans un premier temps du moins, sur la rigueur professionnelle, le respect de leur rôle essentiel et la bonne foi de tout un chacun.
C’est ainsi que la posture constructive, c’est-à-dire ferme, respectueuse et orientée vers les solutions, est toujours à privilégier. Plus encore, face à une problématique publique, le rôle des groupes d’intérêt est essentiel non seulement pour documenter l’enjeu, mais aussi pour réfléchir à des solutions concrètes. Et c’est ici que toute la force du travail de concertation des entreprises collectives entre en jeu. Des solutions ancrées dans les communautés sont précieuses pour l’administration publique et le politique. Allez chercher ces solutions, faites la concertation que vous auriez aimé voir être accomplie par vos interlocuteurs et présentez un plan complet pour répondre à l’enjeu. Utilisons une des grandes forces des entreprises d’économie sociale; la proximité des membres et leur implication démocratique dans les décisions stratégiques de l’organisation.
Entre rigueur et intuition
Les affaires publiques reposent certes sur des analyses, des stratégies, des messages clés et une compréhension fine des processus décisionnels. Mais elles nécessitent aussi une part d’intuition, d’écoute, et même d’instinct. Savoir lire une salle, percevoir un changement de ton, reconnaître un moment d’ouverture ou de fermeture : voilà des compétences qui relèvent davantage de l’art que de la science.
Et c’est précisément ce mélange unique – cette juste dose d’art et de savoir – qui permet d’accompagner efficacement les organisations de l’économie sociale dans leurs démarches, en mettant de l’avant leurs valeurs et leur modèle distinctif.
Finalement, faire des affaires publiques pour des entreprises d’économie sociale, c’est chercher à transformer et bonifier des systèmes sans rompre les liens qui les soutiennent. C’est défendre des causes collectives en demeurant conscients des relations humaines qui sont centrales à l’avancement des dossiers. Et surtout, c’est croire qu’une approche collaborative, ancrée dans le respect et l’intelligence collective, peut mener à des changements durables au bénéfice de toutes et tous.
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