Campagne électorale : regard sur cette fenêtre d’opportunités pour les entreprises d’économie sociale

Regards d’expert·e·s

26 août 2026


Débat politique sur une scène devant un public, illustrant la participation des entreprises d’économie sociale au débat électoral.

Rédigé par :

Jean-Philippe Provost, Conseiller aux affaires publiques


Jean-Philippe Provost

Conseiller aux affaires publiques

Chaque période électorale ramène son lot de questions et d’interrogations légitimes : peut-on rencontrer des candidats ? Est-il permis de prendre position ? Peut-on diffuser des revendications ? Jusqu’où peut-on participer au débat public sans compromettre le statut ou, pire encore, la crédibilité de notre entreprise d’économie sociale ?

Les entreprises d’économie sociale occupent une place particulière dans notre société : elles poursuivent une mission collective, collaborent étroitement avec les pouvoirs publics et interviennent souvent auprès de clientèles vulnérables. Cette proximité avec l’appareil public et la collectivité amène parfois certaines organisations à adopter une approche plus que prudente, voire littéralement à s’abstenir d’intervenir durant une campagne électorale.

Or, la réalité est beaucoup plus nuancée. La période électorale constitue l’un des moments les plus stratégiques pour faire connaître sa mission, démontrer son impact et influencer les priorités des futurs décideurs. Ceci n’est pas un secret : les campagnes électorales sont probablement la période où les partis politiques sont les plus à l’écoute des acteurs du milieu.

Pendant quelques semaines, les programmes sont encore modulables, les candidats multiplient les rencontres sur le terrain et les organisations disposent d’une occasion rare de mettre leurs priorités à l’avant-plan.

Pour les entreprises d’économie sociale, cette période représente une véritable fenêtre d’influence. C’est le moment de rappeler leur contribution économique, sociale et territoriale. C’est aussi l’occasion de démontrer, données à l’appui, les économies générées pour l’État, les emplois créés localement et les réponses concrètes qu’elles apportent à des besoins souvent insuffisamment couverts par les marchés traditionnels.

Les organisations qui préparent leurs messages en amont arrivent généralement mieux outillées pour profiter de cette période. Des demandes claires, limitées en nombre et formulées sous forme d’engagements précis obtiennent souvent davantage d’attention; voilà pourquoi il est important de bien s’y préparer en amont.

Attention aux faux pas

Les entreprises d’économie sociale doivent naturellement respecter les lois électorales applicables, cela va de soi. Par exemple, elles ne peuvent effectuer de contributions politiques, financer directement des partis ou des candidats ou prêter leurs ressources à des fins partisanes. Cette forme de neutralité institutionnelle ne signifie toutefois pas le silence. Il existe une distinction importante entre la partisanerie et les activités de représentation.

La partisanerie consiste à appuyer ou à combattre un parti, un candidat ou une candidate. À l’inverse, les activités de représentation visent à promouvoir des enjeux, des solutions ou des politiques publiques, peu importe la formation politique qui les mettra en œuvre.

Cette distinction est fondamentale. Ainsi, une entreprise d’économie sociale peut parfaitement expliquer les besoins de sa communauté, présenter des recommandations, diffuser un mémoire, solliciter des rencontres avec les partis politiques ou demander des engagements électoraux tout en centrant, bien entendu, son discours sur les enjeux plutôt que sur les formations politiques elles-mêmes.

De plus, l’un des principaux actifs d’une organisation demeure sa crédibilité. Or, cette crédibilité repose en grande partie sur sa capacité à entretenir des relations constructives avec l’ensemble des formations politiques. Il faut se rappeler que les gouvernements changent, mais la mission, elle, demeure.

Il est donc plus que préférable d’adopter une approche non partisane : offrir les mêmes informations à tous les partis, solliciter des rencontres auprès de chacun, transmettre les mêmes demandes d’engagement et accueillir les réponses avec ouverture.

Cette posture permet d’éviter que les enjeux défendus soient associés à une seule formation politique et elle favorise également la continuité des relations une fois les élections terminées.

Passer du plaidoyer à la démonstration

Il est important de rappeler que les campagnes électorales ne sont pas uniquement un exercice de revendication. En effet, elles constituent une occasion de raconter son histoire ainsi que sa raison d’être en tant qu’organisation en sachant que les décideurs sont sensibles aux exemples concrets.

Ainsi, une entreprise qui démontre, par exemple, comment son modèle améliore l’accès aux services, soutient le maintien à domicile, favorise l’intégration au travail ou contribue à la vitalité économique d’une région trouvera une écoute plus attentive qu’une organisation qui se limite à réclamer davantage de financement.

Une telle approche demande de documenter les résultats obtenus, de mesurer les retombées et d’illustrer les impacts sur les citoyens. Plus les données sont solides, plus les arguments gagnent en crédibilité auprès des candidats, des médias et de la population. Il faut profiter de cette tribune que représente une campagne électorale afin de marquer le plus de points et de générer le maximum d’impact possible.

Mobiliser sans politiser

Les campagnes électorales offrent aussi une occasion de sensibiliser les membres, les employés, les bénévoles et les partenaires aux enjeux qui touchent leur organisation.

Cette mobilisation peut prendre différentes formes : diffusion de fiches d’information, présentation des enjeux dans les assemblées, organisation d’activités d’échanges avec les candidats ou partage des engagements obtenus.

Il est très important ici de retenir que l’objectif n’est pas d’orienter le vote des individus, mais de favoriser une meilleure compréhension des choix de société qui auront une incidence sur la mission de l’organisation.

Cette nuance est importante.

Les entreprises d’économie sociale contribuent au débat démocratique précisément parce qu’elles représentent notamment des besoins collectifs et une expertise de terrain.

Elles enrichissent ainsi la qualité des discussions publiques sans s’inscrire dans une logique partisane.

Penser au lendemain du scrutin

Enfin, une stratégie d’affaires publiques dans le cadre d’une éventuelle campagne électorale ne s’arrête pas le soir des élections.

Les engagements obtenus doivent être suivis, documentés et rappelés aux élus une fois le gouvernement formé. Les liens établis durant la campagne deviennent souvent les fondations des relations institutionnelles des prochaines années. Il ne faut surtout pas négliger cet aspect.

Il faut savoir que les organisations qui considèrent une campagne électorale comme une étape d’un dialogue continu avec les décideurs obtiennent généralement de meilleurs résultats que celles qui n’interviennent qu’en période électorale.

Au fond, les entreprises d’économie sociale n’ont pas à choisir entre neutralité et engagement. Elles peuvent participer activement au débat public (et y sont fortement encouragées), à condition de le faire avec rigueur, équité et professionnalisme comme elles le font régulièrement.

En terminant, les élections sont un moment clé où les priorités collectives se redéfinissent. Pour les entreprises d’économie sociale, elles représentent surtout une occasion de rappeler que leurs solutions font partie des réponses aux grands défis du Québec. Saisir une telle occasion contribue pleinement à la vie démocratique, tout en renforçant la reconnaissance de leur rôle collectif, économique et social.

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