Le pouvoir change de mains. Faut-il repartir à zéro ?
8 octobre 2026
Rédigé par :

J. Benoit Caron
Directeur général
Le scrutin du 5 octobre marque bien plus qu’un changement de gouvernement. La nouvelle Assemblée nationale présente un rapport de force profondément différent : un gouvernement minoritaire du Parti québécois, une Coalition avenir Québec disparue de l’Assemblée, un Parti libéral considérablement renforcé, l’arrivée de 19 députés conservateurs, et un Québec solidaire réduit, mais désormais seul représentant de la gauche parlementaire.
Pour les entreprises collectives, ce n’est pas une première. Nous avons traversé bien des changements de gouvernement et nous avons appris à composer avec eux. Un tel moment peut être déstabilisant : les interlocuteurs changent, les dossiers repartent parfois de loin, les certitudes s’effritent. Mais c’est aussi, chaque fois, une grande fenêtre d’opportunité.
Un nouveau gouvernement, minoritaire de surcroît, a besoin de succès rapides et concrets. À nous de lui en offrir. Cela suppose d’arriver avec des propositions intelligentes, vouées au succès, qui reflètent la réalité de nos membres et de nos communautés plutôt que des listes de doléances. Faut-il repartir à zéro? Non. Mais il faudra certainement revoir une bonne partie de la carte.
Nos expert·e·s conseiller·e·s aux affaires publiques se sont penché·e·s sur la question.

Martin Pichette
Conseiller aux affaires publiques
Quelles priorités deviendront réellement gouvernementales ?
L’élection d’un gouvernement minoritaire du Parti québécois (PQ) implique qu’il lui sera impératif d’établir des alliances et de nouer des relations pragmatiques avec les partis d’opposition, afin de faire progresser l’agenda législatif de cette nouvelle chambre. Nous sommes plusieurs à nous questionner sur le champ des possibles et à sonder la capacité des différents partis à cohabiter dans ce nouvel esprit. Les priorités énoncées par le Parti québécois en campagne sont claires ; santé, crise du logement et itinérance, coût de la vie, avenir du Québec, réduction de la taille de l’État et rétablissement de l’équilibre budgétaire.
Il existe un certain consensus politique à l’effet qu’il faut réduire la bureaucratie, le nombre de fonctionnaires et de programmes sociaux. À cet égard, le PQ trouvera à tribord trois partis politiques sur lesquels il pourra vraisemblablement compter, Québec solidaire faisant cavalier seul côté jardin. Maintenant, la réduction de la bureaucratie et la poursuite du déficit zéro seront difficilement conciliables avec un réinvestissement dans les politiques sociales ; le gouvernement se trouvera invariablement face à un problème insoluble, digne de la quadrature du cercle. Une question toute simple surgit à l’esprit : quelles priorités deviendront réellement gouvernementales, à plus forte raison, en contexte de guerre tarifaire avec les voisins du Sud, et du vieillissement de la population ?
Le dilemme cornélien qui attend le prochain gouvernement implique qu’il devra se montrer très créatif, à défaut de devoir sacrifier certaines priorités. Quelle direction prendra le gouvernail de l’État ?

Gabriel Mezzari
Conseiller aux affaires publiques
La période de transition : une fenêtre à saisir
Les premières semaines d’un nouveau gouvernement constituent une période particulièrement importante pour les organisations qui souhaitent faire avancer leurs priorités.
Les cabinets se constituent. Les nouveaux députés prennent connaissance de leurs dossiers. Les mandats ministériels se précisent. Les porte-parole des oppositions sont désignés. Les agendas législatifs et budgétaires prennent forme.
C’est à ce moment qu’une organisation doit être capable de répondre à quelques questions simples : Qui doit connaître notre dossier ? Quel problème pouvons-nous aider le gouvernement à résoudre ? Quels engagements du nouveau gouvernement touchent notre secteur ? Quels nouveaux élus représentent nos membres ? Et quels dossiers doivent être remis à l’ordre du jour ?
Il ne s’agit donc pas d’attendre que la transition soit terminée avant de reprendre le dialogue. C’est pendant cette transition que de nouvelles relations se bâtissent et que les organisations ont l’occasion de se présenter aux décideurs qui occuperont les fonctions clés.
Cette nouvelle législature représente un important travail de repositionnement.
Notre équipe des affaires publiques est prête à vous accompagner dans cette transition : analyse de la nouvelle Assemblée nationale, identification et cartographie des décideurs, adaptation de vos messages, préparation de rencontres, développement d’outils de représentation et planification de vos démarches gouvernementales.
Les visages changent. Les rapports de force changent. Les priorités peuvent changer.
Mais la nécessité de faire comprendre la contribution des entreprises collectives et de faire entendre la voix de ces organisations, elle, demeure.

François Robert
Conseiller aux affaires publiques
Savoir se positionner
Il est important de bien identifier ses objectifs et les points de convergence possibles avec les prises de position et les priorités du nouveau gouvernement afin d’ajuster votre stratégie d’approche et vos arguments. C’est essentiel si vous voulez que vos priorités se hissent parmi les plus importantes du début de mandat du nouveau gouvernement.
Si vous avez pris le temps de formuler des demandes aux différents partis à l’aube de la campagne électorale, c’est le Parti québécois qui aura le pouvoir de les mettre en œuvre, et le Parti libéral qui, en tant qu’opposition officielle, disposera de la plus grande part du temps de parole pour questionner le gouvernement sur l’avancement de vos dossiers.
C’est donc d’abord vers ces deux partis que doit se concentrer l’essentiel de vos premières démarches.
Si vous avez reçu des réponses à vos demandes, vous pourrez y trouver des poignées intéressantes pour ancrer votre argumentaire. Mais que l’on parle de réponse directe écrite ou indirecte via les engagements pris durant la campagne, ce sont vos premières assises pour ancrer vos demandes d’actions gouvernementales en début de mandat. Il est important que le gouvernement, mais aussi les partis d’opposition, comprennent que vous êtes prêt à travailler en partenariat pour une mise en œuvre rapide dans l’intérêt de l’ensemble des Québécois. Attention à ne pas être trop frontal dans vos représentations si les priorités déclarées du nouveau gouvernement s’approchent peu des vôtres, vous ne voulez pas vous retrouvez dans la liste des groupes étiquetés comme des obstacles aux visées gouvernementales, sinon vos rendez-vous seront rares et l’écoute de piètre qualité…

Jean-Philippe Provost
Conseiller aux affaires publiques
Les 100 premiers jours : passer de la stratégie à l’action
Une fois la poussière retombée, le vrai travail commence. Les 100 premiers jours ne sont pas le moment de regarder le nouveau gouvernement agir : c’est le moment de transformer vos priorités en actions concrètes.
Jours 1 à 30 — Se mettre en ordre de marche.
Actualisez vos demandes en fonction du nouveau contexte. Identifiez les dossiers qui peuvent avancer rapidement et ceux qui nécessiteront un travail de fond. Assurez-vous que votre conseil d’administration, votre direction et vos porte-parole parlent d’une seule voix.
Jours 31 à 60 — Passer aux rencontres.
Ne multipliez pas les rendez-vous pour multiplier les rendez-vous. Chaque rencontre doit avoir un objectif : obtenir une information, ouvrir une porte, faire avancer une demande ou établir un prochain jalon. Et surtout, documentez les engagements pris.
Jours 61 à 100 — Donner du suivi.
C’est souvent ici que les représentations perdent leur élan. Relancez, transmettez l’information promise, mesurez les avancées et ajustez votre approche. Un dossier bien suivi a beaucoup plus de chances de rester sur le radar qu’une excellente rencontre laissée sans lendemain.
Enfin, préparez déjà la suite : budget, projets de loi, consultations, nominations et prochaines fenêtres d’influence.
Les 100 premiers jours ne se gagnent pas en multipliant les interventions. Ils se gagnent en étant organisé, constant et utile.
Pour une entreprise collective, l’objectif est simple : passer rapidement de « voici ce dont nous avons besoin » à « voici comment nous pouvons contribuer à le réaliser ».

Christine Lepage
Conseillère aux affaires publiques et communication
Aborder les médias après le scrutin provincial
Maintenant que les électeurs ont fait leur choix, le temps est venu de vous positionner rapidement dans l’espace médiatique, pendant que les engagements électoraux sont encore au cœur de l’actualité. En s’appuyant sur les promesses formulées durant la campagne, par exemple en matière de logement, d’aide à domicile ou d’immigration, voici le moment de rappeler les besoins du terrain et de présenter des solutions concrètes. L’objectif n’est pas de commenter la victoire d’un parti, mais de démontrer comment l’expertise et le modèle de l’entreprise collective que vous représentez contribuent aux priorités annoncées.
L’approche à privilégier consiste à cibler une promesse précise, à démontrer les retombées possibles et à proposer une piste d’action crédible, soutenue par une donnée ou un exemple terrain. Un court courriel personnalisé, adressé à un journaliste, doit expliquer pourquoi le sujet mérite son attention dès maintenant, préciser qui peut témoigner et offrir une entrevue. En saisissant cette fenêtre rapidement, l’organisation peut influencer la conversation publique avant que les priorités gouvernementales ne se figent.
La connotation politique peut être assumée en parlant de politiques publiques, d’engagements gouvernementaux et d’occasions de collaboration, sans féliciter, attaquer, ni comparer les partis. Une formule porteuse serait : « Le nouveau contexte politique ouvre une fenêtre pour agir ; notre modèle a déjà fait ses preuves et nous sommes prêts à collaborer. » Enfin, il faut adapter le discours au média ciblé, préparer deux ou trois messages clés et anticiper les questions sensibles. Cette posture constructive, factuelle et indépendante, permet de faire entendre une voix politique au sens citoyen du terme, sans paraître partisane.
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Références
[1] Bergeron c. Assemblée parlementaire des étudiants du Québec inc., 2024 QCCA 1264 (CanLII), paragraphe 113. Voir aussi : Iredale c. Stroll, 2007 QCCA 1779 (CanLII), paragraphe 22 (demande de permission d’appel à la Cour suprême rejetée : 2008 CanLII 24214 (CSC)).
[2] Code civil du Québec, article 2088.
[3] Code civil du Québec, article 322. Voir aussi : Code civil du Québec, articles 321, 2138.
[4] Loi sur les coopératives, article 91.
[5] Code civil du Québec, article 324. Voir aussi : Code civil du Québec, article 323.
[6] Code civil du Québec, articles 324 et 325. Voir aussi : Code civil du Québec, article 326.
[7] Code civil du Québec, article 325.
[8] Loi sur les coopératives, article 106.
[9] Loi sur les coopératives, article 106.
[10] Loi sur les coopératives, article 106.
[11] Loi sur les coopératives, article 106. Voir également : Me Daniel Cooper, « Les conflits d’intérêts au sein des conseils d’administration des coopératives et des fédérations : mythe ou réalité? », Regards d’Expert·e·s (Consortium de coopération des entreprises collectives), en ligne, 16 avril 2025 : https://leconsortium.coop/conflits-dinterets-au-sein-des-conseils-dadministration-cooperatives-et-federations-mythe-ou-realite/
[12] Me Daniel Cooper, « Les aspects juridiques de l’évaluation d’un conseil d’administration », Regards d’Expert·e·s (Consortium de coopération des entreprises collectives), en ligne, 6 février 2025 : https://leconsortium.coop/les-aspects-juridiques-de-levaluation-dun-conseil-dadministration/
[13] Code civil du Québec, article 326.
[14] Code civil du Québec, article 329 ; Loi sur les coopératives, article 106.
[15] Code civil du Québec, articles 324 et 325 ; Loi sur les coopératives, article 106.