Le manque de temps : une question de perception qui nuit au bien-être

Regards d’expert·e·s

23 septembre 2026


Le manque de temps : une perception qui nuit au bien-être au travail

Rédigé par :

Simon Anger

Simon Angers
Conseiller principal en développement organisationnel

Combien de fois avez-vous ou vous êtes-vous entendu dire : « Je n’ai pas le temps. » ? Cette phrase est devenue l’une des plus fréquentes de notre quotidien. Comment se fait-il qu’une journée vous vous sentiez capable d’abattre de l’ouvrage pour dix et qu’une autre, un simple courriel semble de trop dans votre journée ? C’est exactement ce sur quoi se penchent des experts pour mieux comprendre ce phénomène.[1] Même si le manque de temps peut être bien réel chez certains, il est aussi fortement influencé par notre perception et notre manière de vivre nos différentes responsabilités.

Une perception qui s’explique

Selon l’analyse de l’Institut de la statistique du Québec, le sentiment de manquer de temps ne dépend pas uniquement du nombre d’heures disponibles dans une journée. Il découle surtout de la difficulté à concilier plusieurs rôles simultanément : travailleur, parent, conjoint, proche aidant, bénévole ou étudiant et toutes les responsabilités qui découlent de ces rôles. Cette accumulation de responsabilités crée ce que les chercheurs appellent une surcharge des rôles, c’est-à-dire l’impression que ce qui est à faire est plus grand que l’énergie et les capacités que vous possédez. Autrement dit, deux personnes qui ont exactement les mêmes obligations et le même nombre d’heures pour tout réaliser peuvent vivre une expérience complètement différente ; l’une se sentira en contrôle, tandis que l’autre aura constamment l’impression de courir après le temps.

L’importance du rôle de l’employeur

Cette perception de manque de temps a pour conséquence qu’elle empiète autant sur la vie personnelle que professionnelle. C’est un facteur de stress qui, avec le temps, peut affecter la performance au travail, nuire à la santé du travailleur et même affecter négativement le climat de travail. D’où l’importance pour l’employeur de sensibiliser ses employé(e)s à adopter de saines habitudes de vie et à agir lorsque certains signaux démontrent un changement dans le comportement habituel d’un·e employé·es.

En tant qu’employeur, vous pouvez aider vos employé(e)s à comprendre les causes de ce manque de temps pour évaluer s’il est bien réel ou ressenti. Il est vrai que les tâches à réaliser peuvent nécessiter plus d’heures que ce que le poste prévoit. Est-ce temporaire ou permanent ? À vous d’évaluer si une révision du poste ou une répartition des tâches est nécessaire. De plus, si vous êtes dans un projet avec une date de fin imminente (comme l’organisation de l’AGA), vous pourriez offrir un certain soutien à la personne le temps que le projet se termine.

Dans le cas où le manque de temps semble plus une perception, il faut évaluer avec la personne si l’un ou l’autre de ces facteurs au travail est en cause :

  • des interruptions constantes ;
  • un sentiment d’urgence (justifié ou non) ;
  • le sentiment de devoir être toujours disponible ;
  • la multiplication des activités.

Une fois que la cause est identifiée, il vous faudra soutenir l’employé(e) dans la recherche de solution(s) qui viendront l’aider. Par exemple :

  • Pour des interruptions constantes : désactiver les notifications sur son ordinateur, mettre sa pastille en mode « ne pas déranger » sur Teams ou fermer la porte du bureau.
  • Pour un sentiment d’urgence (justifié ou non) ; lorsqu’on lui confie des tâches, il faut que le livrable soit clairement défini ainsi que les attentes en matière de suivi et la date d’échéance.
  • S’il y a un sentiment de devoir être toujours disponible : discuter du rôle et des responsabilités que la personne occupe et l’encourager à dire non ou à discuter de l’urgence avec les gens qui la sollicitent.
  • La multiplication des activités : est-ce que ce sont les activités au bureau qui se multiplient ou toutes les sphères de sa vie se confondent ? Si le travail est en cause, une répartition, une priorisation et même la mise en pause de certaines tâches peuvent être réalisées.

Le véritable enjeu : reprendre le contrôle

Ce qu’il faut retenir est que le défi est de retrouver un sentiment de maîtrise sur son temps. Bien qu’il soit difficile de départager la sphère personnelle de la sphère professionnelle, plusieurs petits gestes peuvent soutenir la démarche. Cela passe notamment par :

  • Définir les urgences ;
  • Réduire des interruptions inutiles (causées par la technologie ou nos collaborateurs) ;
  • Allouer des périodes consacrées à une seule tâche à la fois ;
  • Accepter que tout ne puisse être fait simultanément.
  • Tenir à jour un agenda pour réaliser nos obligations et s’allouer des moments de détente.

Toutefois, il est important de garder en tête que pour une courte période, il est possible de manquer de temps. Si la cause est connue comme il est su que c’est temporaire, la mise en place de stratégies peut être utile, mais rien ne sert de s’inquiéter. Cependant, si l’impression dure dans le temps, sur plusieurs semaines et même plusieurs mois et que des symptômes apparaissent (fatigue, irritabilité, prise de poids, etc.), il est plus que temps de s’en préoccuper.

Conclusion

Le manque de temps constitue aujourd’hui l’un des grands défis de la vie moderne. Plutôt que de chercher à remplir chaque minute de la journée, il apparaît plus pertinent de réfléchir à la manière dont nous organisons notre temps et aux priorités que nous choisissons. Avoir davantage de temps n’est pas toujours possible, mais nous avons tous le pouvoir d’en avoir une meilleure maîtrise.


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Sources et références

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