L’économie qui nous permet de faire du social
4 novembre 2026
Rédigé par :

J. Benoit Caron
Directeur général
Novembre nous invite à célébrer l’économie sociale et tout ce qu’elle accomplit. Nous aimerions parler de ce qui le rend possible : une entreprise assez solide pour porter sa mission.
Derrière chaque mission sociale, il y a une entreprise qui doit tenir.
En novembre, nous célébrons l’économie sociale. Tout au long du mois, nous rappellerons, avec raison, que nos entreprises répondent à des besoins que le marché délaisse et qu’elles placent l’humain avant le profit. Tout cela est vrai, et nous le dirons encore.
Mais nous aimerions aussi parler de ce qui permet tout cela. Pour nos entreprises, l’économie n’est pas une fin en soi. C’est un appui, un moyen d’accomplir leur mission et leur ambition. Et ce moyen n’est pas toujours aussi solide qu’il le faudrait. Donnons-nous les conditions économiques d’accomplir notre mission sociale.
Notre propre loi le dit
Que l’économie fasse partie de notre identité, nous l’avons nous-mêmes voulu ainsi, en 2013, lorsque nous nous sommes donné une Loi sur l’économie sociale. Pour être reconnue comme telle, une entreprise doit poursuivre une finalité sociale, bien sûr. Mais elle doit tout autant exercer des activités marchandes, jouir d’une autonomie de gestion et démontrer sa viabilité économique. En d’autres mots, elle doit d’abord être une entreprise.
Le Québec en compte 11 360. Ensemble, elles génèrent 53,6 milliards de dollars de revenus, emploient 248 000 personnes et comptent 11,5 millions d’adhésions, une même personne étant souvent membre de plusieurs d’entre elles. Ce ne sont pas les chiffres d’un secteur vivant de subventions, mais ceux d’un secteur qui vend, qui verse des salaires et qui tient des livres. À l’instar de l’entreprise privée traditionnelle, l’entreprise d’économie sociale est créatrice de richesse.
Le mot « social » ne fait pas de nous des œuvres de charité. La part économique de ce que nous sommes mérite autant de soin que l’autre.
Ce que nous voyons sur le terrain
Nous accompagnons chaque année des centaines de coopératives, d’OBNL et de regroupements, dans tout ce qui fait vivre une entreprise au quotidien. Nous ne prétendons à rien d’autre que de témoigner de ce que nous y voyons.
Or, une même fragilité revient sans cesse : la difficulté d’investir dans sa propre capacité. Fonctionner avec les outils de son époque, qu’il s’agisse de numérique, d’intelligence artificielle ou de processus plus efficaces, n’a rien de facile pour une entreprise collective. Souvent, on reporte, en se disant que la mission passe avant.
Nous vous le répétons : chaque dollar que vous n’investissez pas dans l’actualisation de votre entreprise est un dollar que vous faites payer à vos membres ou à vos usagers. Reporter cet investissement n’a rien d’une vertu de modestie : c’est un coût porté par les gens que vous servez.
Un pouvoir à portée de main
Nous observons autre chose. Trop souvent, les grandes décisions de nos entreprises collectives se prennent sous la contrainte : quand un commerce ferme, quand un service disparaît, quand un financement s’épuise. Nous savons agir dans l’urgence, et nous le faisons bien. Mais nous pourrions aussi agir avant qu’elle survienne, car ce pouvoir d’agir est à portée de main.
Plus de 80 000 Québécoises et Québécois siègent au conseil d’une entreprise collective, et des millions en sont membres. Nous les applaudissons. Autour de chaque table, il y a des gens qui peuvent décider, dès aujourd’hui, de renforcer leur entreprise plutôt que d’attendre qu’elle soit fragilisée.
Il ne faut pas attendre que le besoin soit devant nous pour apprendre. Il faut apprendre bien avant : connaître son modèle, ses outils, ses leviers de financement, et s’entourer des bonnes expertises. C’est vrai pour celles et ceux qui fondent une entreprise collective. C’est tout aussi vrai pour celles et ceux qui en dirigent une depuis vingt ans.
Une pensée attribuée à Goethe veut que, dès l’instant où l’on s’engage vraiment, les choses se mettent en place pour nous accompagner. Nous l’avons vu dans tous les projets collectifs qui ont réussis : au départ, jamais un plan parfait, toujours une poignée de personnes qui avaient décidé d’agir. Moderniser une entreprise collective, lui donner les outils de son époque, c’est encore une décision d’entreprendre.
Le social est la finalité, l’économie est le moyen
Il ne s’agit pas de choisir entre les deux. Pour faire du social, il faut des entreprises en santé. Pour avoir des entreprises en santé, il faut accepter de les gérer, de les financer et de les moderniser comme des entreprises. Avec la même exigence que n’importe quelle autre, et une mission en plus.
C’est là notre travail de tous les jours : aider les entreprises collectives à devenir meilleures à l’économie, afin qu’elles puissent, elles, faire du social. Nous ne faisons pas de la gestion pour la gestion, mais pour qu’une coopérative, un OBNL ou un regroupement puisse se consacrer aux personnes qui comptent sur lui.
En ce Mois de l’économie sociale, c’est le rappel que nous souhaitons faire. Célébrons le social. Donnons-nous les conditions économiques de l’accomplir.
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